
De la restitution d’objets antiques à la propagation d’idées politiques : le cas Hawass.
Le retour d’artéfacts, surtout en ce qui concerne des biens ayant une valeur symbolique pour une communauté, a toujours fait l’objet de maints débats. C’est l’organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) qui a lancé le premier protocole pour la protection des biens collectifs culturels en 1954. Cette convention signée à la Haye se limitait cependant aux temps de guerre. Ainsi, le musée national d’Irak a réouvert ses portes en 2009 suite au pillage et l’éparpillement de plus de 15,000 artéfacts; effet négatif de l’invasion des Américains entre le 20 mars et le premier mai 2003 en Irak (nouvelle du 16 février 2009). Le Canada a adhéré à cette convention sur les biens collectifs culturels en 2005, mais ce n’est pas le cas de nos voisins du sud (www.unesco.org)! Pour restituer un bien (volé ou non) à son pays d’origine, il y a de nombreuses démarches à suivre, notamment la préparation de documents légaux, l’approbation des autorités responsables et celle des représentants de chacun des musées; autrement, un contrat en bonne et due forme. On doit encadrer les objets restitués avec tous les rites et cérémonies qui s’imposent s’il y a lieu (retour de statues sacrées par exemple). Un budget approprié est bien entendu requis et aucun effort ne doit être bâclé concernant la sécurité des objets lors des déplacements (aussi être assuré contre le vol, la perte ou l’endommagement potentiel durant le voyage). Le transport transatlantique est assujetti à des lois très strictes et un permis de transport est indispensable. Plusieurs ministères sont concernés lors d’un transfert d’artéfacts d’un pays à l’autre dont le Comité sur le transport d’œuvre d’art ou encore les lois régissant les Imports-Exports (Legget, J., Restitution and Repatriation. Guidelines for good practice, 2000).
Le cas Hawass : l’Égypte est visitée depuis des siècles et maints explorateurs en ont ramené des souvenirs. Qu’il s’agisse de dessins, de photographies ou de cadeaux provenant des kiosques mercantiles, l’Égypte s’est longtemps trouvée dans «l’impossibilité» d’assurer la survie de son matériel antique. C’est du moins un des arguments soulevés par ces philanthropes d’artéfacts, comme le British Museum, qui justifiaient leur emprunt par le fait d’assurer la maintenance et la longévité des artéfacts confisqués, tout en obtenant les avantages monétaires liés à leur exposition. Or, voici M. Zahi Hawass, la tête dirigeante et le secrétaire du Conseil suprême des antiquités en Égypte. Depuis son entrée en fonction en 2005, ses principales demandes se penchent sur le retour de la pierre de Rosette (au British Museum depuis Napoléon) et le buste de Néfertiti (emprunté illégalement par l’archéologue Ludwig Borchardt en 1913 et présentement en Allemagne – nouvelle du 21 octobre 2009). Hawass a réussi à réunir des dizaines d’artéfacts égyptiens stockés aux quatre coins du monde; il a entre autre obtenu une réponse positive du Metropolitan Museum of Art à New York qui a restitué des reliques pharaoniques l’année dernière (nouvelle du 28 octobre 2009). Un autre exemple est le retour de cinq peintures égyptiennes, vieilles de 3,500 ans, qui ont quitté le Louvre à la mi-décembre 2009 en direction du Caire. Ces peintures avaient été volées à Luxor en 1975. Suite à son premier refus de restituer les biens en question, la ville du Caire voulait couper les relations avec le musée français et Sarkozy dut s’impliquer personnellement pour régler le conflit (nouvelle du 22 décembre 2009).
Je me questionne toutefois sur la restitution des biens culturels collectifs. Jusqu’à quel point le secrétaire du Conseil suprême des antiquités peut-il influencer les décisions politiques égyptiennes et créer des tensions avec d’autres pays s’ils ne restituent pas le bien demandé? Comme mon amie étudiante en géopolitique à l’UDM me l’a fait remarquer, la cause archéologique et la restitution de biens ne pourront déclencher qu’un froid superficiel entre deux pays, mais cette cause archéologique, basée sur d’autres motivations, pourrait être mise de l’avant pour cacher des motifs sous-jacents moins politically correct au public. Êtes-vous d’accord pour que l’Égypte, aujourd’hui en mesure d’assurer la survie et la protection de son patrimoine, exige la restitution de son patrimoine? Est-il correct de dépouiller des musées internationaux pour refaire l’ego de l’Égypte? Et si les expositions temporaires égyptiennes s’amenuisaient pour disparaître totalement, serons nous obligés de voyager dans ce pays pour voir de nos yeux les vestiges de la civilisation égyptienne? Les restitutions demandées par Hawass ne sont-elles pas en fait une forme de thésaurisation des biens culturels collectifs? L’Égypte deviendra-t-elle un cimetière d’œuvres d’art à force de rapatrier ses œuvres?
