LA CHAPELLE ROYALE SAINT-FRAMBOURG DE SENLIS : recherches archéologiques

image 2 Senlis derrière les remparts.jpg

-fouilles effectuées à propos de la chapelle royale d’Adélaïde veuve d’Hugues Capet.

  Pierre-François PUECH, Bernard PUECH & Marc DURAND

http://www.larousse.fr/encyclopedie/article/LA_CHAPELLE_ROYALE_SAINT-_FRAMBOURG_DE_SENLIS__recherches_arch%C3%A9ologiques/11028728  

 On connaît la signification du mot « Senlis », la cité des Sylvanectes à qui Claude (qui régna de 41 à 54 après J.-C.) donna peut être son titre et ses droits de « cité libre ». Celle-ci marqua sa gratitude en élevant à l’empereur une statue qui fut ensuite détruite lors de la première vague d’invasions, dans la seconde partie du IIIe siècle. Le socle fut mis au jour lors de fouilles archéologiques dans le parc du Château Royal près de la tour médiévale (figures n°1 et 2).Senlis, comme la plupart des cités du monde romain, était une agglomération ouverte durant la paix romaine. Mais des remparts sont devenus indispensables au IIIe siècle lorsque les temps incertains sont apparus avec les invasions barbares. Aujourd’hui, la ville conserve ce premier rempart qui a encerclé la métropole religieuse au Moyen âge. C’est lui que l’on a retrouvé aux origines de la chapelle voulue par Adélaïde pour remercier Dieu de l’élection au trône de France de son défunt époux Hugues Capet, à Senlis (figure n°2).         Est-ce le hasard qui a déterminé l’emplacement de Saint-Frambourg ?  Non, car la reine a fait élever cette chapelle pour la substituer à une église carolingienne en mauvais état. On sait en effet que les premiers évêques se sont efforcés d’établir les lieux de culte sur les fondations de sanctuaires païens. En effet, les prédications de saint Martin, apôtre des Gaules, voulaient mettre fin au culte des idoles. Cela impliquait qu’il fallait détruire les sanctuaires voués aux faux dieux. Nous avons un exemple de cette mission qui devait faire disparaître le paganisme dans la forêt d’Halatte au nord de Senlis (Durand, 2000). On pouvait donc supposer que des fouilles entreprises sous la collégiale actuelle mettraient au jour les ruines d’un temple comme le laissait supposer la tradition (figure n°3).

Saint-Frambourg est la propriété de la famille Cziffra depuis le 23 avril 1973, date où le pianiste Georges Cziffra l’acheta. Il  entreprit de restaurer la collégiale pour permettre aux jeunes artistes de s’y faire connaître. Les fouilles du Service régional des Antiquités historiques de Picardie, dirigées par Jean-Michel Desbordes commencèrent  le 20 février 1974 dans les remblais tassés sous le pavé de la nef. Elles ont permis de dégager une tour arasée de l’enceinte gallo-romaine, la muraille ainsi que la chapelle construite vers 997 par Adélaïde, veuve d’Hugues Capet (figures 4 et 5).

  Il est à remarquer que l’édifice carolingien, dont le large mur du côté sud apparaît comme axe central de la chapelle d’Adélaïde (structure décelée par EDF Mécénat) date de la fin du Xe siècle. L’axe ne correspond pas exactement à celui de la chapelle de la reine qui a utilisé la tour du rempart comme abside. Il y a tout lieu de supposer, à l’instar de ce qui s’est produit pour la cathédrale, où l’étage de la tour gallo-romaine a été utilisé comme chapelle dédiée à saint Michel, qu’ici les mêmes dispositions ont été adoptées pour abriter une chapelle haute.. Le mur est-ouest passant sous l’escalier actuel reliant la collégiale gothique/auditorium de la Fondation Cziffra à la chapelle d’Adélaïde, repéré lors du sondage 3 en 1996 par Marc Durand  correspond au mur ouest  d’une construction rectangulaire dont le mur est a été le rempart gallo-romain. La position du mur nord n’est pas connue, mais une maquette a été proposée par Gergely Buzás de l’équipe dirigée par József Laszlovszky (figure 6).  La période gallo-romaine, est celle des plus anciens vestiges conservés sous l’église carolingienne. Les sondages, à plus de trois mètres de profondeur du côté méridional, ont localisé la cave d’un bâtiment gallo-romain avec un grand four domestique. Cette construction a été démolie lors de l’élévation de la muraille gallo-romaine.

Du côté septentrional, d’autres sondages, un peu plus profonds, ont laissé voir l’angle des fondations d’une construction importante, orthonormée au quadrillage d’Augustomagnus, la Senlis antique. Compte tenu des artefacts rencontrés, il est probable que ce niveau corresponde au premier état de la cité.

La muraille fortifiée qui entourait Augustomagnus comportait trente tours dont quatre pour les deux portes. Lors de ces fouilles il n’a pas été possible de préciser qu’elle était la relation de la muraille avec la tour mise au jour.

   La chapelle d’Adélaïde (figures 9 et 10), longue de 19 m sur 10 m, a été édifiée dans l’axe de la tour de l’enceinte gallo-romaine en débutant à 1, 10 m d’elle. Les colonnes de la nef qui ont 44 cm de diamètre, divisaient l’espace intérieur en cinq travées égales d’est en ouest, depuis les deux pilastres de l’abside à chevet plat. L’espace intérieur de la nef était délimité, dans sa partie centrale par des grilles. Il faut noter, sur le tronc de colonne nord-est, la gravure d’une licorne très originale (figure n° 11).

La collégiale gothique qui abrite aujourd’hui l’auditorium de la Fondation Georges Cziffra (figure n°12),  est construite après que la chapelle d’Adélaïde ait été implosée à la pioche à la fin du XIIe siècle et qu’une partie de la muraille gallo-romaine ait été dérasée sur une longueur d’un peu plus de 120 mètres. La hauteur de la muraille, évoluait alors de 7m à 12 m, en fonction du pendage du terrain,  pour maintenir un chemin de ronde horizontal autour du castrum. Les gravats ainsi produits ont été répartis entre la voirie et le fossé sec. En 1974, les fouilles ont mis au jour les piliers et colonnes de l’ancienne chapelle d’Adélaïde, une statue d’évêque en pierre ainsi que de nombreux tessons de verre et de poteries rigoureusement anonymes puis quelques années plus tard, plus bas que la chapelle, mais à l’extérieur de la muraille, un sarcophage avec squelette en cours d’études.

 La chapelle d’Adélaïde, devenue ainsi une crypte archéologique sous l’auditorium, attire les pèlerins des temps modernes vers Georges Cziffra (Figure n°13). Un champ approprié dans le sous-sol offre une intelligence plus grande de la dynamique de ce site chrétien majeur. Site qui révèle la direction, le rythme du changement et les variations du lieu selon la nature du pouvoir politique. Son archéologie nous a  donné une suite de séquences qui restituent à la muraille ses trois fonctions traditionnelles :  -défense du castrum contre les invasions « barbares » ; -symbolique d’une enceinte sacrée dans laquelle, près de la Cathédrale, une grande église est construite par les Carolingiens qui avaient fait de Senlis et de Compiègne les centres de leurs chasses ; -ostentatoire des terres royales au nord de Paris avec une nouvelle construction apposée à l’enceinte (chapelle royale d’Adélaïde, épouse d’Hugues Capet)  puis, enfin,  couvrant la tour gallo-romaine pour surplomber de plus de 12 mètres la muraille de la cité devenue une ville : la collégiale Saint-Frambourg. Bibliographie  DESBORDES Jean-Michel (1975) Les origines de la collégiale Saint-Frambourg de Senlis, Archéologia, Dijon, p. 46-60. DURAND Marc (1998) Sondages entrepris dans la chapelle basse de la collégiale Saint-Frambourg de Senlis (Oise) en 1996, Comptes rendus et Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie, Senlis, p. 155-164. DURAND Marc (2000) Le temple gallo-romain de la forêt d’Hallate (Oise), Revue archéologique de Picardie, Amiens, n° spécial 18, p. 93-142.  



This post has been shared once | Share | View shares